Madame la Présidente, Distingués délégués,

Le MBDHP présente, par ma voix, ses sincères félicitations pour votre brillante élection et vous souhaite plein succès pour la période de votre mandat. Depuis maintenant cinq ans (1998-2003), le peuple et la société civile du Burkina Faso, à travers un vaste mouvement social protestataire canalisé par le Collectif des organisations démocratiques de masse et des partis politiques (CODMPP), dont le MBDHP assure la présidence, mènent sur l’ensemble du territoire national des luttes multiformes (marches, grèves générales, manifestations populaires, pétitions etc.) contre : les violations des droits humains (assassinats politiques, tortures, arrestations et emprisonnement arbitraires, morts suspectes dans les commissariats et brigades de gendarmerie) ; l’impunité totale dont bénéficient les auteurs des crimes de sang, des crimes économiques ; le verrouillage de la vie démocratique, malgré quelques réformes politiques concédées sous la pression populaire, et la remise en cause des libertés individuelles et collectives.

Malgré ces puissantes protestations, l’impunité des criminels continue d’être la règle. L’Etat ferme les yeux sur la montée des milices (créées et entretenues par des dignitaires du régime) comme supplétifs des forces de l’ordre pour la répression du mouvement social. Le caractère républicain de la plupart des institutions est mis à mal et elles sont mises au service d’intérêts partisans, familiaux et claniques. On peut noter également dans le cadre des violations des droits de l’Homme, les faits graves suivants : la criminalisation de tous les mouvements sociaux (travailleurs, étudiants, élèves) accusés de vouloir déstabiliser le régime et systématiquement réprimés et/ou traités avec un mépris et une arrogance inadmissible le harcèlement et la diabolisation des défenseurs des droits humains en particulier ceux du MBDHP, assimilés publiquement à des bandits par le Ministre de la sécurité ; l’utilisation de la justice à travers l’organisation de procès iniques comme moyen de répression légal des syndicalistes, étudiants et défenseurs des droits humains ; les errements de la justice burkinabé l’ont complètement discrédité aux yeux de simples gens. L’unanimité est faillite sur la nécessité d’une refondation, tant elle apparaît comme un appendice du régime. Les actes de censure, les interpellations de journalistes qui portent atteinte à la liberté d’expression ; La poursuite aveugle des exécutions extra-judiciaires (sous couvert de la lutte contre le banditisme - qui est un problème réel et inquiétant au Burkina Faso) par les forces de l’ordre est lourde de conséquences pour la sécurité des simples citoyens en particulier dans le contexte actuel de notre pays. Plus grave encore est la déclaration publique du Ministre de la sécurité qui a assimilé les militants du Collectif et du MBDHP à des bandits ; elle est révélatrice du dessein que couvre la prétendue lutte contre le banditisme. En définitive, l’idée même du respect des droits humains apparaît antinomique à la lutte contre l’insécurité telle que préconisée au niveau officiel. La mise en œuvre des politiques macro-économiques néo-libérales dictées par le FMI et la Banque mondiale qui contribuent à l’extension de la pauvreté et des inégalités sociales, à la crise des systèmes éducatif et de santé, à la crise du logement, à la crise de l’emploi qui sont porteuses des germes d’explosion sociale et donc de risques plus élevés de violations des droits humains. C’est pourquoi le MBDHP exige l’arrêt des Plans d’Ajustement Structurel (PAS).

Madame la Présidente, distingués délégués,

Suite à la tentative de coup d’Etat du 19 septembre 2002 qui a plongé la Côte d’Ivoire dans une guerre civile ayant entraîné la partition de fait du pays en deux zones, les exactions contre les Burkinabés et d’autres ressortissants ouest-africains se sont exacerbés. Le rapatriement de Burkinabés dans le cadre de l’opération « Bayiri » a été déclenchée suite aux multiples protestations devant l’inertie de l’Etat. Cependant, de grandes questions demeurent : De nombreux rapatriés n’ont plus vraiment d’attaches dans leur province d’origine, partis chercher fortune, ils reviennent complètement dépouillés auprès de parents qui vivent une situation d’extrême pauvreté. De plus, les dédommagements seront-ils possibles et dans quelles conditions ? Se pose également la nécessité de la prise de mesures urgentes et efficaces pour la protection des biens et des personnes des millions de Burkinabés restés en Côte d’Ivoire conformément aux dispositions pertinentes des instruments internationaux et régionaux de protection des droits de l’Homme.

Merci de votre attention.